×

Un week-end de salons plus dynamique qu’attendu

Publié le
today 25 janv. 2019
Temps de lecture
access_time 6 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

La préoccupation était double à la veille des salons de mode parisiens de ce mois de janvier 2019 : le mouvement des gilets jaunes allait-il décourager les acheteurs, y compris internationaux, de se rendre à Paris ? Et l’impact économique des précédentes semaines de mobilisation sur le tissu de commerce français allait-il lui aussi peser sur la fréquentation française des différents événements BtoB organisés en période de Fashion Week dans la capitale ?


Palais de la Bourse, janvier 2019 - Tranoï/Instagram

 
En tout, ce sont six salons qui s’y tenaient pendant et autour du week-end des 19 et 20 janvier. De l’avis général de leurs organisateurs, le pire a été évité et, compte tenu du contexte pessimiste, de bonnes surprises ont même été relevées. Et notamment, tout d’abord dans le centre de Paris, lors des deux salons créatifs organisés en marge de la Fashion Week masculine que sont Tranoï et Man/Woman. Avec leur fréquentation très internationale et haut de gamme, ils étaient naturellement moins concernés par les éventuelles défaillances du cœur de marché français, mais une incertitude régnait tout de même sur les déplacements de certains acheteurs, comme les Japonais ou Américains, généralement plus enclins à annuler leurs plans pour raison de sécurité.
 
Cela n'a semble-t-il pas été le cas et les résultats sont finalement encourageants pour les deux événements, qui ont connu une fréquentation positive. Tranoï annonce notamment une progression de 5 % du nombre d’acheteurs qui se sont rendus au Palais de la Bourse. « Evidemment, ce ne sont plus les beaux jours, mais l’édition a été plutôt bonne, notamment avec un très bon dimanche, le meilleur dimanche que nous ayons réalisé depuis longtemps, qui a fait mieux que compenser un samedi clairement plus calme que d’habitude », témoigne David Hadida, qui pilote le Tranoï.

Au salon Man et son annexe mixte Man/Woman, même constat avec un dimanche fort, particulièrement sur l’espace 100 % masculin place Vendôme, là où l’annexe consacrée aux collections ouvertes à la femme, nouvellement installée rue Cambon, a peut-être un peu moins drainé de trafic. Les acheteurs asiatiques et notamment japonais ont finalement été nombreux à Paris, suivis également par les représentants de grands points de vente premium américains et d'acteurs européens.
 
En même temps que la Fashion Week, la « Market Week » se tenait au Parc des Expositions de la Porte de Versailles. Trois salons s’y tenaient en même temps, comme chaque année : Who’s Next, le Salon International de la Lingerie et Bijohrca. Là aussi, les craintes des retombées du contexte économique et social étaient dans toutes les têtes pour la préparation des rendez-vous. Si celui-ci s’est bien concrétisé par un recul global de la fréquentation, chacun s’accordait à dire que la catastrophe n’avait pas eu lieu.
 
Au salon prêt-à-porter et accessoires Who’s Next, événement le plus important en nombre de marques (un millier environ), le recul du visitorat s’est chiffré à 4,5 %. Un retrait modéré avec qui plus est une comparaison avec une édition de janvier 2018 à la hausse. « On a perçu un dynamisme, un changement », s’est félicité Frédéric Maus, dirigeant du salon. « La réorganisation des secteurs sous la seule bannière Who’s Next (l’appellation Première Classe est désormais réservée à la deuxième session des Tuileries début mars) a été bien comprise, l’offre est mieux amenée, la circulation meilleure pour les acheteurs », a-t-il estimé.
 
Côté exposants, en dehors des effets conjoncturels, cette édition a plutôt été jugée satisfaisante et positive. A la tête de la griffe d’accessoires et de maroquinerie haut de gamme Maison Boinet, Bruno Jourd’hui, qui présentait également sa nouvelle marque de chaussettes cocréée avec Antoine Toan, s’est réjouit de cette édition et a souligné surtout une hausse du visitorat international, peu présent, selon lui, en septembre dernier. Les marques tournées vers l’export étaient en effet les plus satisfaites, ce tiers international du visitorat ayant été le plus dynamique en achats.
 
« C’était plutôt un salon rassurant, estimait Carole Deleuse-Gojon, directrice des opérations de Suncoo. On avait des inquiétudes honnêtement et au final, on a vu un bon trafic assez régulier et après la fin d’année 2018 que l’on a tous connu, c’est bon de se retrouver et de faire un salon comme celui-là ». Pour envoyer des ondes positives et lancer le signal du rassemblement, Who’s Next avait au premier jour organisé sa soirée anniversaire des 25 ans, un événement festif avec un défilé comme il n’avait pas été proposé depuis plusieurs saisons qui a réuni plus de 3 000 personnes enthousiastes.


Dans les allées du salon Who's Next, janvier 2019 - Yannick Roudier

 
Toujours à la Porte de Versailles, non loin de là, le Salon International de la Lingerie a un peu plus souffert du contexte, affichant un recul de 10 % de la fréquentation, autant du côté international que français. Mais là aussi, la base de comparaison n’était pas flatteuse après une édition janvier 2018 en croissance. Les organisateurs y ont vu malgré tout une édition « encourageante », notamment grâce aux marques nouvelles comme existantes dont la proposition marque un tournant pour le secteur, plus en phase avec les attentes des clientes et l’air du temps.
 
Si les acheteurs ont été séduits par ce renouvellement, ils étaient moins nombreux. « La baisse a été plus sensible sur des pays comme la Chine, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, sûrement rebutés par ce qu’ils ont perçu des gilets jaunes, mais il y a aussi des signaux positifs à l’Est, côté Russie notamment, mais aussi Canada ou Australie, explique Taya de Reyniès pour Eurovet. Mais dans l’ensemble, on aurait pu penser que cela aurait pu être pire. »
 
Bijohrca, dernier des trois salons de la Porte de Versailles qui s’est tenu du 18 au 21 janvier, a de son côté revendiqué une fréquentation stable, pour trois quarts française. Mais le ressenti des exposants était plus terne et le volume de visiteurs était pointé du doigt par certains d’entre eux.
 
Se tenant lui à Villepinte, toujours dans le pourtour parisien, Maison & Objet a connu également une tendance baissière. Le salon dédié à la maison, au lifestyle et aux accessoires a connu un recul de 6 %. « Cette baisse concerne surtout les visiteurs internationaux car le visitorat français s’est maintenu », notait Philippe Brocart, le directeur général de Maison & Objet, mardi 22 janvier, dernier jour de salon. En dépit de cette baisse, les organisateurs notent toutefois la qualité de fréquentation et les bonnes perspectives d’affaires, ce que confirment les exposants rencontrés. Ainsi, chez Titlee, la marque française de bijoux, si on note une baisse une présence en baisse des visiteurs du grand export, notamment américains et asiatiques, on indique que le chiffre d’affaires généré lors du salon s’est toutefois maintenu.
 
A des degrés différents donc, le contexte économique et social a joué sur cette édition de janvier 2019, épargnant plutôt les salons les plus haut de gamme et affectant un peu plus le cœur de marché, mais on s’accordait globalement pour souligner les indicateurs positifs de changement et la nécessité de glaner de l’énergie sur les salons en ce début d’année.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2019 FashionNetwork.com