Textile/Habillement : quels véritables prix de revient en Asie et Euromed ?

L’Union des Industries Textiles (UIT) a confié à l’Institut Français de la Mode (IFM) la tâche complexe d’analyser la décomposition des prix de revient de différents produits selon leurs origines et matériaux. Une analyse qui n’est pas sans révéler quelques surprises, d’une Chine demeurant plus compétitive qu’il n’y paraît, à la position clef des fabricants portugais et turcs, en passant par l’importance stratégique des barrières douanières et le caractère sécurisant du sourcing de proximité.


Décomposition des prix de revient de jeans basiques homme en tissus asiatiques ou Euromed - IFM

L’étude se penche ainsi sur les chemises homme chaîne et trame en coton (à plus de 85 %) haut de gamme, les jeans basiques homme et les pulls en maille femme manches longues à dominante coton. Trois produits réalisés avec des fils tantôt asiatiques, tantôt euro-méditerranéens. Ont été analysés les coûts pratiques en Chine, Tunisie, Turquie, mais également au Bangladesh, Vietnam, Pakistan et Portugal. Et bien sûr en France. L’IFM s’est pour cela basé sur les données des producteurs, mais également sur celles des distributeurs, forts de la vision d’ensemble que nécessitent leurs arbitrages permanents.

L’un des premiers enseignements est « assez contre-intuitif », explique de Gildas Minvielle, directeur de l’observatoire économique de l’IFM, à FashionNetwork. « Très souvent, il se dit que les hausses de salaires en Chine ont rendu la production chère. Mais à bien regarder certains produits, il apparaît que la Chine peut encore être compétitive, et moins chère que la Turquie, par exemple. Le coût unitaire sur un jean reste bas car, en caricaturant, les fabricants chinois le font deux fois plus vite qu’ailleurs, ce qui réduit mathématiquement le prix de la main-d’œuvre dans le coût unitaire ».

Un constat à prendre cependant avec prudence, souligne la déléguée générale de l'UIT, Emmanuelle Butaud-Stubbs. « Lors d’une présentation de cette étude, des représentants du groupe Fast Retailing (Uniqlo, Comptoir des Cotonniers, Princesse tam.tam…) ont attiré notre attention sur le fait que, dans le domaine de la lingerie, les écarts entre l’Asie et l’Euromed sont moins marqués, explique-t-elle. De fait, le choix s’opère davantage sur la question du délai de livraison. Ce qui fait qu’il est plus intéressant de faire travailler des ateliers au Maghreb, dont il est par ailleurs plus facile de contrôler les productions. Du fait de la discrétion de certains acteurs, notre étude porte sur trois produits, et cette précision intervient comme un contrepoint au rapport ».

Les chiffres mettent par ailleurs en exergue l’importance stratégique que jouent les droits de douane dans la compétitivité des pays. Ce sont en effet bien ces coûts qui creusent l’écart entre, d’un côté, la Chine et le Vietnam, et, de l’autre, le Cambodge, la Birmanie et le Bangladesh, qui échappent à la taxation. De l’autre côté du globe, où la Turquie peut expédier sans entrave ses productions vers l’Union européenne, les droits de douane dopent les prix de productions tunisiennes et marocaines - pour les productions à base de tissus asiatiques - jusqu’à un prix similaire à celui de leur concurrent direct. « Un droit de douane suffit à faire basculer un pays face à son voisin », résume Gildas Minvielle.


Décomposition des prix de revient de pull-over femme en fils asiatiques et italiens - IFM

La Turquie et le Portugal ressortent par ailleurs comme des acteurs à l’importance croissante. Le Portugal, fort de coûts salariaux plus réduits qu’en France, s’est notamment positionné sur des productions de qualité, notamment en maille. Le pays s’avère au final plus proche de la Turquie que de l’Hexagone, relève l’IFM, qui conclut que, au-delà des coûts de main-d’œuvre, la compétitivité hors prix est « un facteur clef du succès ». Ce qu’illustre également la Turquie, un temps en bas du classement des fournisseurs textiles de la France, et devenu aujourd’hui un fournisseur clef, quand bien même ses tarifs sont plus élevés que ceux du Maroc ou de la Tunisie.

Au-delà des écarts touchant à la main-d’œuvre, l’étude de l’IFM met également en valeur la part des coûts de matériaux. « Il n’y pas d’énormes différences entre tissus asiatiques et européens, relève Gildas Minvielle. Cela tient au fait que les tissus sont maintenant produits un peu partout, soumis aux mêmes fluctuations de prix des matières premières, et que la production de tissus nécessite moins de main-d’œuvre ».

« On voit tout de même des prix de tissus qui varient selon les pays du simple au triple, pointe pour sa part Emmanuelle Butaud-Stubbs. Cela tient en grande partie au fait qu'en produisant en Europe, vous avez la certitude que vos produits sont réalisés à partir de textiles répondant aux normes environnementales et sociales en vigueur. Ce qui n’est évidemment pas le cas des tissus asiatiques. Investir dans des tissus européens demeure donc intéressant. C’est certes plus cher du fait des coûts intégrés, mais cela agit comme une assurance. Et cela s’inscrit aussi dans une logique de réduction des risques de voir des productions d’invendus terminer en soldes et amputer les marges. Et, comme le montre notamment l’engouement pour le made in France, ce sont autant de points sur lesquels les consommateurs sont de mieux en mieux informés, et de plus en plus exigeants », conclut-elle.
 

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