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Le gouvernement au chevet de la «start-up nation»

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AFP
Publié le
25 mars 2020
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4 minutes
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Paris, Mercredi 25 Mars 2020 (AFP) - La «start-up nation» d'Emmanuel Macron est en souffrance face au coronavirus : le gouvernement a annoncé un plan d'aide d'urgence aux entreprises innovantes, dont le modèle économique s'avère souvent fragile mais qui résident «au cœur de la compétitivité et de la souveraineté» française.


Emmanuel Macron sur le campus station F en 2018 - POOL / Archives / AFP


Leurs difficultés paraissent peut-être moins visibles que celles des restaurateurs ou des commerces «non essentiels», mais les start-up subissent elles aussi la crise provoquée par la pandémie de Covid-19. «Beaucoup d'entreprises comptaient sur des levées de fonds dans les douze prochains mois, or le marché sera très fortement perturbé sur cette période», explique à l'AFP François Véron, un des dirigeants du fonds d'investissement Newfund. En outre, «elles sont des PME comme les autres, qui n'ont pas forcément des relations bancaires très établies».
Or de nombreuses start-up n'ont pour l'instant pas de modèle économique rentable, et risquent de manquer de liquidités si elles ne peuvent emprunter ou lever de fonds. Et même pour celles qui avaient déjà un modèle viable, elles peuvent faire face à une importante perte de chiffre d'affaires provoquée par la pandémie.

«On ne peut pas se permettre de les laisser tomber dans la période actuelle», a déclaré mercredi le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O lors d'une conférence téléphonique avec Bpifrance, le bras armé de l'Etat pour soutenir les entreprises innovantes. «Une biotech peut mettre 10 ans de recherche à sortir son produit, sans réaliser de chiffre d'affaires, et si on détruit ce tissu au cœur de notre stratégie, de la compétitivité et de la souveraineté française, le risque est qu'on mette des années à le reconstituer», a-t-il expliqué.

«Unité nationale»



Le gouvernement a donc annoncé un arsenal de mesures, parmi lesquelles le versement anticipé d'un certain nombre d'aides ou de crédits d'impôt, comme le crédit impôt recherche. Cela doit représenter une avance de trésorerie d'au moins 1,5 milliard d'euros, selon Cédric O.
Sont également prévus des prêts de trésorerie garantis par l'Etat en fonction de la masse salariale ou du chiffre d'affaire annuels, annoncés par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, et qui pourront représenter jusqu'à 2 milliards d'euros pour les start-up.

Et pour les jeunes pousses dont la situation financière est la plus critique, une enveloppe spécifique de 80 millions d'euros gérée par Bpifrance pour «financer des bridges (crédit relais) entre deux levées de fonds» est également débloquée.

Par ailleurs, l'Etat maintient, à travers Bpifrance, son soutien aux entreprises innovantes, comme les années précédentes. Celles-ci devraient recevoir ainsi «près de 1,3 milliard d'euros d'aides à l'innovation» en 2020 sous forme «subventions, avances remboursables, prêts, etc.», selon un communiqué du gouvernement.

En outre, «Bpifrance poursuivra ses investissements directs et en fonds de fonds, aux côtés des investisseurs privés». En 2019, ces investissements en capital avaient représenté environ 380 millions d'euros, selon les données de Bpifrance.

Cette manne publique est cruciale dans un contexte de forte incertitude économique, qui risque de dissuader les investisseurs. Cédric O a reconnu mercredi qu'il «pouvait y avoir une tentation de la part des fonds à garder de la réserve et à laisser passer la crise». Il doit s'entretenir jeudi avec un certain nombre d'investisseurs privés pour leur demander de «prendre leurs responsabilités» dans cette période d'«unité nationale», et de continuer à investir dans les start-up, via notamment les fonds de capital-risque auxquels ils participent.

Nicolas Brien, le directeur général de France Digitale - fédération de start-up et de capital-risqueurs - a salué les efforts «rapides» du gouvernement, tout en souhaitant quelques ajustements supplémentaires. «Le gouvernement réagit beaucoup comme après la crise de 2008, lorsqu'il y avait eu un choc du crédit», a-t-il indiqué à l'AFP. Mais «là on est dans un choc de demande», poursuit-il, demandant en outre «l'extension du chômage partiel aux travailleurs non salariés», qui ne seront pas tous forcément couverts par le fonds d'aide aux indépendants annoncé par le gouvernement.

François Véron de son côté a demandé autant de clarté que possible sur les mesures d'aides. «La situation économique rajoute de l'incertitude à celle qui est sanitaire», observe-t-il. «N'ajoutons pas à cette incertitude des annonces dont les modalités d'application ne sont pas totalement claires».

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