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H&M accusé de ne pas tenir son engagement de salaires décents chez ses fournisseurs

Publié le
today 25 sept. 2018
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La confrontation est rude. Alors que H&M communiquait il y a quelques jours sur la bonne marche de sa politique pour l’instauration de salaires minimums vitaux chez ses fournisseurs, le réseau international d'ONG Clean Clothes Campaign répond par le témoignage d’ouvriers issus de fournisseurs parmi les mieux notés par le géant suédois. Plus qu’un décalage entre communication et réalité ouvrière, le document vient surtout illustrer la pauvreté persistante dans les rangs du sourcing d’habillement, y compris au sein de l'Union européenne.


Une usine textile en Bulgarie - Shutterstock


Alors que H&M annonçait en 2013 que ses fournisseurs devraient mettre en place un salaire vital décent d’ici à novembre 2018, Clean Clothes Campaign (CCC) est allé à la rencontre d'un panel restreint de 62 travailleurs bulgares, turcs, indiens et cambodgiens officiant pour des fournisseurs classés ‘gold’ ou ‘platinum’ par le groupe scandinave : les industriels Koush Moda (Bulgarie), Pameks Giyim (Turquie), Eastex Garment et Seduno Investment Cambo Fashion (Cambodge), Shahi Export (Inde) et deux autres usines indiennes dont les salariés ont réclamé de taire le nom.

« Aucun travailleur interrogé ne gagne un montant proche d’un salaire vital », pointe le rapport, relayé par le collectif Ethique sur l’étiquette, la branche française de CCC . « Les travailleurs interrogés en Inde et en Turquie gagnent environ un tiers du salaire vital estimé. Au Cambodge, ils perçoivent un peu moins de la moitié de ce salaire vital. Les travailleurs de H&M interrogés en Bulgarie gagnent eux moins des deux tiers du seuil de pauvreté fixé par l’Union européenne, malgré leurs 80 heures de travail par semaine. »

Les heures supplémentaires sont très largement pointées du doigt, qu’elles se multiplient au-delà de la durée légale maximale ou qu’elles soient rémunérées en deçà du cadre légal. Quand elles ne sont pas tout simplement forcées, si l’ouvrier veut espérer atteindre le salaire minimum légal. Sans oublier le persistant problème des évanouissements parmi les salariés, et les nombreuses formes d'opposition à toute volonté syndicale de la part des salariés. Mais le principal problème relevé n'en demeure pas moins l'écart persistant entre le salaire minimum légal et le salaire vital nécessaire aux besoins essentiels des travailleurs.


Part du salaire minimum dans le salaire vital selon les pays et niveaux de rémunération dans le textile bulgare - Clean Clothes Campaign


Cette publication arrive juste après un communiqué du groupe H&M qui, le 20 septembre, indiquait que sa fondation pour un salaire vital décent (Foundation for fair living wage), lancée en 2013 après le drame du Rana Plazza, englobe désormais 655 de ses fournisseurs et 930 000 ouvriers. Un communiqué se félicitant des avancées syndicales ou salariales au sein de ses structures, mais se montrant très prudent dans ses formulations.

Ainsi, si le groupe indiquait que « les travailleurs doivent gagner un salaire suffisant pour vivre », il soulignait aussi que sa « responsabilité en tant qu'acheteur est d’influencer l’avancée des salaires vitaux, mais pas d’imposer des niveaux de salaire spécifiques », précisant que « les salaires devraient être fixés dans le cadre de négociations équitables entre les parties sur le marché du travail : gouvernements, représentants des employeurs et des travailleurs ».

Une volonté de s'en remettre aux négociations tripartites, tout en les influençant pour le mieux selon H&M, que CCC remet en question. « En 2018, la lutte des travailleurs pour augmenter le salaire minimum au Bangladesh nous permet d’évaluer la performance de H&M sur ce point, tempère ainsi l'ONG. Malgré les appels répétés des travailleurs pour que H&M soutienne publiquement leurs demandes de salaire minimum, l'enseigne suédoise est restée silencieuse sur ce point ».


Les échelles de salaires au Cambodge, en Bulgarie, en Turquie et en Inde - Clean Clothes Campaign


Le groupe H&M, qui n'a pas réagi à la publication de ce dossier de CCC, a enregistré des ventes au deuxième trimestre de son exercice en cours (de mars à mai 2018) à 652 milliards de couronnes (5,1 milliards d’euros), soit une petite hausse de 1 % par rapport à la même période l'an passé, alors que les analystes prévoyaient un rebond de 3 %.

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