Miu Miu : méli-mélo d’influences

Ères, attitudes, musique, message, tout était mélangé dans ce défilé Miu Miu. Un spectacle pour le moins original, alors que la saison des défilés parisiens touche à sa fin.


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Miu Miu - Fall-Winter2018 - Womenswear - Paris - © PixelFormula

Une rencontre littérale et stylistique entre les années 1950 et les années 1980. Coiffés du légendaire chignon désordonné et oversize d’Amy Winehouse, les mannequins sont entrés en scène dans des tenues qui faisaient plutôt référence aux photos de la jeunesse rebelle vue par Karlheinz Weinberger il y a un demi-siècle.
 
Résultat : une série de vestes en jean délavées à l’acide qui rappelaient les temps difficiles vécus par l’Allemagne de l’Est avant la chute du mur, mais aussi de volumineux blousons ornés des micro-carreaux gris typiques de la créatrice italienne.
 
Plusieurs mannequins ont fait leur entrée vêtues de manteaux oversize amples et de vestes de chauffeur en peau camel légèrement débraillées et pas repassées. L’attitude savamment négligée évoquait la classe ouvrière dépeinte par les œuvres de Karlheinz Winberger.
 
Pour les occasions plus habillées, quelques robes de soirée décolletées en jacquard rose, portées avec des bottes en cuir turquoise. Pour le soir, des sautoirs et des écharpes-colliers rappelant là encore Amy Winehouse. Et pour résister à la fraîcheur des cimes alpines, rien de tel qu’un manteau rappelant ceux des espions de la Stasi, ou un caban en cuir ciré rubis, gris ou bleu cobalt, aux épaules proéminentes.
 
Cuirs, tissus cirés et stretch étaient à l’honneur. Mais cela est-il vraiment compatible avec l’obsession du moment pour une mode plus consciente et plus responsable ?
 
« Eh bien... un jour, même le cuir sera impossible. Un jour, on ne pourra plus rien faire : après tout, mêmes les légumes ont une âme ! » s’est exclamée ironiquement Miuccia Prada.
 
Comme toujours, les chaussures n’étaient pas en reste : des bottes de travail spatiales ornées du logo Miu Miu, et des chaussures en cuir pour le repas du dimanche portées avec des chaussettes blanches.
 
« L’idée était de compiler une large palette de comportements, de personnalités et de personnages différents. De prendre la mode et de mieux l’adapter à l’instant présent, en mélangeant les ethnies et les caractères », a expliqué Miuccia Prada après le défilé.
 
Certaines des mannequins ont même choisi leur tenue.
 
« Je leur ai laissé porter les vêtements de leur choix, pourvu qu’elles aient l’air contentes », s’est amusée Miuccia Prada, qui a confié l’ouverture de son défilé à Elle Fanning, qui a choisi ses vêtements.
 
En parlant de choix de tenue, Marc Jacobs et Francesco Vezzoli, assis au premier rang, portaient tous les deux la même veste Prada en cuir matelassé imprimé de vignettes de BD et ont vécu un moment un peu embarrassant lors de leur rencontre en coulisses.
 
Une scène immense composée par le studio de graphisme M&M, des images en noir et blanc de silhouettes de profil en forme de cartes à jouer qui descendaient du plafond du Palais d’Iéna, dans le 16e arrondissement, et une équipe de mannequins qui déambulait sur le catwalk au son d’un clash entre disco et rockabilly. Et c’est bien là le problème : l’idée de cette expérience est bonne, mais la collection en elle-même manque de cohérence et d’un véritable sens du style et de l’élégance. Miuccia Prada est clairement la créatrice de mode la plus influente de ce siècle, mais même les grands talents commettent parfois des erreurs… et c’est ce qui s’est passé aujourd’hui.

Traduit par Clémentine Martin

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